Le vélo de Mike Ambs

Cet article est le début d’une série d’entrevues avec différents acteurs du cinéma indé, ici et ailleurs qui ont la conviction que de nouvelles techniques et un changement s’opère dans les étapes de développement, de production, de promotion et de diffusion des films.

J’ai pu avoir cette longue discussion avec Mike Ambs grâce à Olivier Boonjing que je remercie encore. (voir leur rencontre)

Mike Ambs est natif de Ypsi, Michigan, une ville moyenne très estudiantine (Eastern Michigan University). Mike n’a pas suivi d’études particulières en cinéma. Il a bien assisté à quelques cours qui étaient suivis par des potes. Il a surtout donné un coup de main sur quelques tournages “à l’arrache” pour des copains étudiants en arts.

C’est là qu’il a cependant découvert la passion du story telling en s’essayant à quelques screenplays dès 2000.

Une autre passion l’anime depuis des années, c’est le vélo. Et en 2001, il décide de faire un long trip (Michigan-Oregon-SF) avec l’idée en tête de raconter son aventure, emportant avec lui appareil photo et carnet. C’était sans savoir que ça l’emmenerait dans son grand jubilé du Pedal Project.

Pedal Project a donc pris naissance au retour de ce trip, avec l’immense envie de partager le plus largement possible ce merveilleux voyage personnel, seul sur la route. Le produit ne sera donc pas un livre mais plutôt un documentaire mélangeant les différentes expériences vécues d’avaleur de miles à deux roues sous le couvert d’un personnage principal et il s’appellera For thousands Of Miles alias FTOM.

Mike et Amanda (co-réalisation/co-production/co-ettoutlereste), s’installent donc à Los Angeles pour lancer leur projet en 2004. Ils planchent sur le script, le storyboard, le planning, le budget mais ils veulent avant tout instaurer dans le projet, la ligne directrice même du film : le partage de l’expérience.

Ils vont donc lancer un site web, un blog, la plateforme facile à implémenter, qui cartonne à ce moment-là et ils décident d’y insérer un trailer qu’ils ont tourné en Californie. A cette époque, pas de youtube et vimeo n’était encore qu’à l’état d’anecdote.

Le site: http://www.blog.projectpedal.com/

Le but était simplement de rendre transparent le processus, laisser totalement la place aux commentaires et encouragements, et surtout ouvrir aux opportunités et rencontres. Ce qui est remarquable dans l’entreprise de Mike, c’est sa profonde sincérité et la candeur avec laquelle il a pu confronter son expérience avec le monde. Ca se ressent très fort d’ailleurs dans la lecture des dizaines de pages, plus de 4 ans d’anecdotes, reportages, coup de coeurs, coup de blues.

Mais sans ce blog, Mike n’aurait pas rencontré l’équipe du film, n’aurait pas identifié le personnage principal, n’aurait pas eu la visite des premiers sponsors.

Mike a tout financé lui-même, et pourtant, bien avant Kickstarter ou IndieGogo, le blog de Mike précisait quelles actions il envisageait en fonction du don qu’il recevrait éventuellement des internautes (rubrique Donation). Du crowdfunding avant l’heure, à une échelle micro et une honnêteté simple. Il se souvient très bien du premier chèque de 5$ qu’il a reçu par la poste car le visiteur de son blog n’avait pas confiance dans les paiements online via paypal.

Il a fallu plus d’un an de blogging et de progression du projet, pas à pas, pour qu’un premier contact conséquent n’arrive. C’était un producteur de Discovery Channel qui voulait faire un pilote. La TV n’est définitivement pas le format pour le film. Cette piste n’aboutira pas.

Mais un an plus tard, tout se débloque. Mike et Amanda trouvent de l’argent, le personnage principal et l’équipe de tournage en très peu de temps.

L’argent, c’est Mike qui, en participant à un concours de court-métrage organisé par Nokia, remporte le premier prix de 25.000$.

Le personnage, c’est Larry McCurtis, , la réincarnation de Hunter S Thompson, Mr King Gonzo, sans la dope mais avec la même poésie, qui cherchant juste ce genre d’aventure, a contacté Mike sur son blog.

L’équipe, c’est Olivier, Olan et Jef de ASOM films. Ils s’étaient juré de travailler ensemble.

Ce qui est frappant dans cette aventure, c’est que sans le savoir, Mike Ambs a été un pionnier du Big Shift du cinéma, qu’on ressent aujourd’hui par l’explosion de toutes les initiatives “sociales” sur le web. Il a été animé d’une seule ambition: partager et collaborer.

« but anyway – people ask me sometimes for advice with their film – and the first thing I *always* say is: share everything! start a blog and share everything that happens. Good or bad. »

Et je n’ai pas eu la chance de voir les premiers rushs mais on peut très bien imaginer que FTOM, l’histoire de ce cycliste seul sur la route, ressemblera par moment à Pedal project, l’histoire de cette petite équipe seule sur le web pendant tout ce temps, avec comme ambition unique : aller au bout.

« stopping wasn’t an option »

4 ans d’un projet fou en 4 minutes.

Et aujourd’hui ?

Mike est aujourd’hui en post-prod, avec quelques prises supplémentaires à capturer.

Son film? Il sera probablement offert au peuple (il pense à une license Creative Commons) ,comme l’a fait Nina Paley avec son film “Sita sings the blues”, avec le succès qu’on connait.

La stratégie de promotion : blogger, partager avec d’autres players du milieu, être ouvert à toutes les nouvelles initiatives “sociales”, ouvrir des partenariats avec des sites qui apportent de la visibilité (Openindie, the auteurs garage, netflix) mais aussi, le crowdfunding car on sait finalement que c’est aussi un canal de promotion; alors Mike a une chouette méthode qui a l’air de bien fonctionner : le crowdfunding pour des objets promotionnels : les gens découvrent des objets sympas, sont charmés par l’univers développé autour du film, et finalement achètent un objet singulier, qu’ils seront fiers de montrer, et parlerons du film, du projet, ..

La distribution : “you pay the container” : le DVD, les t-shirts, le production book “64 Days”, la série de making-of sont à vendre sur le site; le film restera accessible en VOD, des programmateurs seront libres de le jouer dans leur salle ou leur festival. Un véritable modèle commercial comme ceux prônés par des consultants comme Marc Rosenbush.

Pour conclure, j’ai posé une question à Mike qui me taraude depuis longtemps. Comment ressent-il cette fusion entre le monde du cinéma (aussi indépendant soit-il) et la communauté web. Voici ce qu’il m’a répondu:

« if I had to gauge where most of the support for FToM comes from – between just two sides: the online-community or the indie-filmmaking-community. I would have say, hands down, the online-community. There’s still a gap between online and real world . There probably always will be. I think things move faster and easier online then they do in the real world… the real world is always catching up. »

Il ne faut pas donc se leurrer; ces initiatives web sont importantes, exaltantes, peuvent rapporter beaucoup mais le business du cinema reste en arrière garde, solide dans ses contreforts et la révolution va prendre du temps.

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Un pétard mouillé

Il y a 8 semaines, je me suis inscrit gratuitement sur One Fat Cigar (www.onefatcigar.com), initiative UK de réseau social réservé aux filmmakers.J’étais enjoué de pouvoir tester ce genre d’initiative, un merge des passions qui m’animent et une idée maintes fois effleurée au fond d’un tram ou autour d’une bière.
Bref, je m’inscrit, j’attends un peu de voir si des signes m’atteignent, j’y pense et puis j’oublie, et heureusement que je me suis mis un reminder pour me signifier la fin de la période d’essai car sinon je suis bon pour passer automatiquement dans la version payante.
D’ailleurs pour un réseau social, je trouvais déjà un peu limite comme modèle, et c’était assez cher d’ailleurs.

Bref, j’ai testé aujourd’hui juste avant de me désinscrire … sans regret.
Je n’ai reçu aucun mail depuis mon inscription, il y a tout au plus un petit millier d’inscrits (principalement UK et Italie), moins de 50 jobs, et fonctionnellement, c’est selon moi, une vision ultra simpliste d’une plateforme de réseau social: je dirais même que c’est presque plus un petit CMS pour publier des profils, des projets et des jobs.

Bref, ce genre de projet décevant m’inquiète un peu. Quand on sait que même des projets comme OpenIndie ont du mal à décoller, j’ai peur que l’engouement de web entrepreneurship pour le cinéma indépendant a tendance à oublier de blinder leur business model. Doit-on parler d’une bulle Indé 2.0?

J’espère pour eux qu’ils réagiront et sauront redresser la barre.

Rencontre sur le web

un soir de 2003, Ypsi, Michigan

Mike Ambs, un jeune homme de 21 ans, surfe sur le web. Mike a deux passion : le vélo et le cinéma. Un soir de détente (Mike revient d’une aventure unique de plusieurs milliers de miles à vélo), il découvre un court-métrage en ligne (chose encore assez rare en ces temps pre-YoutubeMania). Ce petit film le subjugue, les images, la maitrise, les couleurs, le style si particulier.
Ce qui passionne encore plus Mike, c’est le texte qui accompagne le film, description du processus utilisé par l’équipe (rig mini35, une créativité sans borne pour braver les limites de budget) pour un résultat qu’il adore.

Le film est intitulé: Marla (le site n’est malheureusement plus en ligne mais la video encore sur youtube) et a été réalisé par l’équipe de Another State Of Mind, équipe belge composée de Olivier Boonjing & Olan Bowland, entre autres.

Mike, excité par cette découverte, commente l’oeuvre en ligne et félicite ces belges si talentueux.

De l’autre côté, Olivier Boonjing (Bruxelles, Belgique) reçoit ce mail de cet américain. Ce n’est pas le premier à les féliciter mais son mail le touche. Il répond. Mike répond. Une relation s’installe. Ils échangent sur leurs projets, ils se disent que ce serait chouette de travailler ensemble.

7 ans après, ils passent 2 mois ensemble à parcourir d’est en ouest les Etats-Unis pour un documentaire signé par Mike et photographié par Olivier: For Thousands Of Miles (voir post relatif à paraître bientôt).

Prezi: storytelling made fun!

I’m writing a concept prez on Prezi (http://www.prezi.com) and i imagine screenwriting on this. For the pitch to a producer, it might be effective.

Des histoires mais pas des histoires

J’ai visionné aujourd’hui des videos sur le storytelling utilisé en marketing. D’abord un débat avec un des fondateurs de « Michel Augustin », la marque connue par son guerilla marketing alimentaire de 2008, (http://bit.ly/dx4JU6) et puis un long monologue de Sébastien Durand (http://bit.ly/diQiGU), consultant es storytelling à Paris.

Je retiens trois choses :
– Le storytelling, longtemps utilisé en Knowledge Mgt pour extraire l’essence des expériences et sensibiliser l’auditoire, demeure une technique et ne peut pas constituer à elle-seule un plan marketing.
– Ensuite, il faut emporter l’adhésion par des arguments raisonnés. Et ceci est fait en donnant du vrai et en partageant largement et honnêtement avec les lecteurs.
– Enfin, les exemples donnés laissent à penser qu’il y a deux types d’histoires: les Livres de contes qui s’enroulent autour d’une valeur fondatrice du business de la marque (Vuiton et le voyage) et les Anecdotes qui vont captiver l’auditoire/lectorat et qui permettront de transmettre des messages forts sur un produit ou sur la marque entière. Pour cette deuxième catégorie, on a beaucoup parlé de « capter l’attention », et, à moins de s’appeler Steve Jobs devant un parterre d’afficionados, il est nécessaire selon moi d’élaborer justement une tactique de captation de l’auditoire pour lancer au bon moment ces histoires; car elles sont en général assez courtes et leur effet limité, même si souvent très efficace.
Ceci nous amènera bientôt à couvrir une autre technique très en vogue pour capter l’attention: le guerilla marketing.
PS: Le story telling fonctionne surtout depuis la crise car on recherche du sens aux choses et l’émotion l’emporte sur la raison. (dixit S.Durand)

La valeur d’un film décroit par son “exposure”

Je viens de commencer « The movie business book » de Jason E.Squire. Ce monsieur considère, et il n’est pas le seul dans ce milieu, qu’un film perd de la valeur quand il devient accessible par un plus grand nombre.

Dans cette logique, et on le comprend facilement, un film qui est vu par tout le monde n’a plus de valeur commerciale, il est un succès mais ils ne se vend pas. La démarche est donc de ne pas bruler les étapes : d’abord les salles, puis on attend, ensuite les dvd, puis on attend, ensuites les télés, …

Le problème dans ce modèle, c’est qu’un film qui n’a pas de succès dans les salles est rangé dans les catalogues confidentiels en dvd et est rarement acheté par les télés (ou, par chance, dans un package comme cadeau bonux). Du coup, c’est un flop commercial et une énorme frustration pour l’auteur.

Et comment on a un succès dans les salles?  En étant distribué correctement (filtre distributeur), en passant au bon moment (filtre distributeur et chance), en passant dans les bons endroits (filtre distributeur et salles), en restant suffisamment longtemps (filtre salles et public), en correspondant à une envie (filtre public), en étant bien critiqué (filtre public, presse et distributeur) et enfin en étant « bon » (filtre auteur). Bref, si t’as pas au début de distributeur pour les salles, tu échappes totalement au modèle décrit par Squire et partagé par la plupart des gens du milieu.

Et quoi? Tu jettes ton film ? Est-ce que ça veut dire que ton film n’a pas de valeur ? Et si on s’en remettait principalement au filtres public et auteur? Aujourd’hui les principaux intermédiaires qui font la valeur commerciale d’un film sont en crise, est-ce du aux films? Je compte bien avancer dans la (re)définition de la valeur d’un film, car c’est au plus profond de cette définition qu’il faut travailler selon moi.

Retour sur le crowdfunding : Biracy project

Je viens de m’inscrire au projet Biracy, projet collaboratif de film de sci-fi. L’intérêt pour le film est, pour ma part, bien moins important que celui  pour la démarche.

Pourquoi j’ai choisi Biracy et pas Kickstarter, IndieGogo ou même un français pour ma première expérience?

J’ai été séduit par la démarche exclusivement cinéma de la plateforme Sokap et surtout, outre le funding, la démarche couvre tout le processus de production du film, du développement à la distribution.

En effet, avec Sokap (dont le premier projet pilote est donc Biracy), on choisit son profil de producteur en fonction du montant qu’on investit. Sur base de ce profil, comme dans toute plateforme de funding, on a droit à un certain package (dvd, …). La nouveauté à ce niveau est la capacité, tout comme dans un modèle de pyramide, de promouvoir le projet, coopter de nouveaux adhérents et d’en récupérer des bénéfices (en points).

Ensuite, on participe au développement du projet: on suit les différentes étapes  – comme dans toute plateforme de funding – mais aussi on peut proposer des idées ou répondre à une sorte d’appel d’offre. Dans le tour, il présente l’exemple du design d’un robot où des dessinateurs vont proposer des croquis, seront rémunérés (1$ par min) et le gagnant de l’appel d’offre gagne une prime.

Ensuite, on participe au marketing et à la promo du film. Là encore, on reçoit des points pour nos efforts.

Enfin, la distribution est assurée en partie par les membres du projet. On peut même revendre des dvd, organiser des screenings, … Là de nouveau, on récupère les bénéfices.

Ce n’est donc pas une plateforme d’investissement où on mise sur des artistes et on espère en récupérer des bénéfices sur les droits, ce n’est pas une plateforme de don non plus mais vraiment une plateforme où chacun peut s’engager dans un projet de cinéma et apprendre beaucoup.

C’est donc ce qui m’a plus et m’a poussé à y participer avec un soutien de 25$. Je reviendrai bien sûr sur  les différentes étapes du projet mais aujourd’hui, l’important est d’inviter le plus de personnes à rejoindre le projet. Donc venez expérimenter avec moi, et utilisez mon ID comme invitation: bliptonecutaway45